Une boîte mail piratée, c’est plus grave qu’il n’y paraît. Votre adresse sert à réinitialiser presque tous vos autres comptes : banque, impôts, réseaux sociaux, achats en ligne. Celui qui la contrôle peut, en quelques clics, demander un nouveau mot de passe partout ailleurs. Il faut donc agir vite, et dans le bon ordre.
Ce guide sert dans les deux situations : vous avez encore accès à la boîte, ou vous êtes à la porte.
Certains signes sont flagrants, d’autres discrets :
Un seul de ces signes suffit pour réagir. Les spammeurs savent aussi falsifier l’expéditeur sans toucher à votre boîte : si vos contacts reçoivent un mail « de vous » mais que rien ne bouge dans vos envoyés ni dans l’historique de connexion, il s’agit peut-être d’une usurpation. Faites quand même les vérifications ci-dessous : elles prennent dix minutes.
L’ordre compte. Le pirate peut être connecté en même temps que vous.
1. Changez le mot de passe, depuis un appareil sain. Si votre ordinateur se comporte bizarrement, prenez votre téléphone. Choisissez un mot de passe neuf, long, jamais utilisé ailleurs.
2. Déconnectez toutes les sessions. Gmail, Outlook.com et Yahoo permettent de fermer les sessions ouvertes sur les autres appareils. Changer le mot de passe ne suffit pas toujours à expulser une session déjà ouverte.
3. Vérifiez les moyens de récupération. Numéro de téléphone et adresse de secours : un pirate les remplace souvent par les siens pour pouvoir revenir. Remettez les vôtres.
4. Inspectez les règles et le transfert. C’est l’étape que tout le monde oublie. Le pirate installe un transfert automatique vers son adresse, ou un filtre qui supprime les alertes de votre banque. Regardez les filtres, les règles, le transfert, les adresses d’envoi supplémentaires, la signature et le message d’absence.
5. Activez la validation en deux étapes. Avec un code sur une appli d’authentification ou une clé d’accès (passkey), un mot de passe volé ne suffit plus.
6. Révoquez les accès des applications tierces. Une appli à qui vous avez « autorisé l’accès à votre compte » peut lire vos mails sans mot de passe.
Ne créez pas un nouveau compte en abandonnant l’ancien : passez par la procédure de récupération officielle du fournisseur. Elle fonctionne mieux qu’on ne le croit, à condition de répondre depuis un appareil et un lieu habituels (votre téléphone, votre wifi), et d’être précis : ancien mot de passe, date approximative de création, contacts fréquents.
N’écoutez pas les « services de récupération » qui vous contactent sur les réseaux sociaux. Aucun ne peut faire plus que le formulaire officiel, et beaucoup sont eux-mêmes des escroqueries.
Même logique : changement du mot de passe dans l’espace abonné, puis contrôle des règles et du transfert dans le webmail. Pour Laposte.net, voir notre article Que faire si je pense que mon compte a été piraté ? (9695).
Reprendre la boîte n’est que la moitié du travail.
Prévenez vos contacts. Un message court suffit : « Ma boîte a été piratée le 2026, ignorez les messages reçus de ma part ce jour-là, surtout s’ils parlent d’argent. »
Changez les mots de passe en cascade. D’abord les comptes qui utilisaient le même mot de passe, ensuite ceux qui sont reliés à cette adresse : banque, PayPal, Amazon, réseaux sociaux, compte Apple ou Google. Cherchez dans vos mails « réinitialisation » et « nouvelle connexion » : vous verrez si le pirate a essayé ailleurs.
Analysez l’appareil. Si le mot de passe était solide et unique, il a peut-être été volé par un logiciel espion ou une page d’hameçonnage. Lancez une analyse antivirus complète et mettez à jour le système et le navigateur.
Signalez. En France, l’arnaque se signale sur la plateforme gouvernementale Pharos (internet-signalement.gouv.fr) et l’aide aux victimes passe par Cybermalveillance.gouv.fr. Si de l’argent a été détourné, portez plainte et appelez votre banque immédiatement.
Dans la grande majorité des cas, rien d’exotique :
La prévention tient en cinq gestes : un mot de passe unique par compte (un gestionnaire de mots de passe le fait pour vous), la validation en deux étapes ou une clé d’accès, des moyens de récupération à jour, un coup d’œil tous les six mois sur les appareils connectés, et de la méfiance devant tout mail qui réclame une connexion urgente.
Ce n’est pas de la paranoïa. Votre boîte mail est la clé de tout le reste : elle mérite plus de soin que n’importe quel autre compte.